Quick money

août 2007-août 2008

Province de Naples, une route de campagne dévastée aux abords de la ville. Eté comme hiver, quatorze heures par jour, à l’ombre d’un parapluie ou les mains suspendues au dessus d’un vieux bidon de peinture servant de brasero, une quarantaine de filles occupent dès huit heures du matin leur poste de travail. La poussière soulevée par les camions qui passent à vive allure leur pénètre tout le corps, brûlant les yeux et la gorge. L’air est irrespirable. A chaque coin de route disponible, entre une décharge sauvage et un champ cultivé, ces visages masqués de blanc exhibent et vendent leur corps d’ébène pour une somme allant de dix à vingt-cinq euros. Sur ces routes désolées du far west italien, le trafic routier est intense, camionneurs, travailleurs agricoles, hommes d’affaires, retraités, adolescents à la dérive, tous viennent relâcher la tension pour dix minutes de défoulement sexuel empreint d’exotisme. Ces visages et ces corps athlétiques qui n’ont plus d’identité sont pour la plupart originaires de Benin City. Mais ici elles s’appelleront toutes Gioa, Beauty, Valentina Sofia ou Pamela. Les plus jeunes, arrivées récemment se retrouvent sous l’emprise d’anciennes prostituées parvenues au rang de « Madames » des sorte de vices mères ou bourreaux sans pitié qui leur trouve un morceau de trottoir dont le loyer est redevable à la Camorra. Prises au piège les nouvelles recrutées comprennent alors très vite qu’elles doivent gagner rapidement des sommes d’argent colossales pour rembourser une dette contractée avant le départ entre la famille et les organisateurs du voyage par un véritable acte notarié et des rituels magiques qui viendront compléter la stratégie de soumission. Cette dette s’élève à l’heure actuelle à 50.000 euros Une fois arrivées à destination les jeunes filles entrent alors dans une routine infernale où tout moindre détail est géré par l’organisation. Et si par malheur une jeune fille encore redevable de sa dette tente de fuir par ses propres moyens de violentes represailles sont exercées sur elle et sa famille pouvant quelques fois, si l’organisation le juge necessaire, la mener jusqu’à la mort. La seule alternative pour ces jeunes femmes reste l’argent rapide de la prostitution. The « Quick money », un système de survie basé sur l’exploitation de soi et des autres, dans lequel elles se retrouvent emprisonnées.


Isoke Aikpitanyi, jeune femme nigeriane et auteur de l'ouvrage "Le ragazze di Benin City" qui a vécu la traite en Italie prête sa voix aux photographies et nous livre un témoignage sur l'existence de ses compatriotes vendues sur les routes d'Europe.